Cérémonie d'hommage aux victimes des inondations de juillet 2021

Allocution d'Elio DI RUPO, Ministre-Président de Wallonie, à Chênée (Liège), le 14 juillet 2022

 

Sire,

Votre Majesté la Reine,

 

Chères familles,

 

Madame et Messieurs, les Présidente et Présidents d’assemblée,

Monsieur le Premier ministre,

 

Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités,

 

Le 14 juillet 2021 est une date qui restera à jamais gravée dans nos cœurs et nos mémoires.

 

Ce jour-là, la Wallonie avait rendez-vous avec le malheur.

 

Le ciel lui est brutalement tombé sur la tête.

 

Et quand le ciel est remonté, c’est en emportant avec lui un nombre insupportable de vies humaines.

 

Si nous sommes là tous ensemble, réunis et recueillis, c’est pour rendre hommage à celles et ceux qui nous ont dramatiquement quittés.

 

Ces femmes et hommes disparus avaient un nom, un prénom, un visage et une histoire.

 

Ces femmes et hommes disparus avaient une famille, des amis, des voisins, des proches ou des collègues.

 

Ces femmes et hommes disparus ont laissé un grand vide en s’en allant, un vide qu’il serait illusoire de prétendre combler.

 

Das Drama, das die Familien erleben, ist beispiellos.

                                                           

 

Chères familles,

 

Un an plus tard, les cours d’eau sont retournés dans leur lit.

 

Mais je sais que le chagrin, votre chagrin, couvre toujours un territoire immense.

 

Or, sur ce territoire-là, le territoire du chagrin, les repères sont rares.

 

On s’y sent perdu, sans boussole.

On y emprunte des chemins qui ramènent sans cesse au point de départ.

 

C’est pour ne laisser personne à son chagrin, à son errance, que nous avons tenu à organiser cette cérémonie.

 

 

Sire, Madame,

Chères familles,

 

Nous n’avons certes pas le pouvoir de faire revenir auprès de vous vos chers disparus.

 

Mais nous avons le pouvoir de les placer au centre de la vie de notre pays.

 

C’est ce que nous faisons, avec énormément de respect, en ce jour de recueillement.

 

L’hommage que nous leur rendons, en effet, est national.

 

C’est une manière, pour notre pays réuni et ses différentes autorités, de vous présenter nos condoléances.

 

Nous l’avons voulu ainsi parce que votre drame a bouleversé tous les habitants du Royaume.

 

De tragedie heeft Brussel, Vlaanderen, de Duitstalige Gemeenschap en natuurlijk Wallonië geschokt.

 

Dezelfde emotie werd gevoeld van Oostende tot Aarlen en van Antwerpen tot Chimay.

 

Overal waren onze medeburgers geschokt over de omvang van de tragedie die nooit gekend was.

 

Une même boule a noué les gorges de toute la Belgique à l’annonce des décès.

 

Une même empathie a porté les uns et les autres à participer au grand mouvement de solidarité qui s’est immédiatement mis en place.

 

Je veux dire ici ma reconnaissance à l’égard de toutes les personnes qui ont accompli des gestes symboliques ou très concrets.

 

Les services de secours étaient en première ligne et ils méritent les premiers éloges.

 

Leur courage et leur abnégation ont permis d’éviter d’autres drames humains, d’autres pertes irréparables.

 

Ils sont tout naturellement associés à l’hommage que nous rendons ce jour aux victimes.

 

Viennent ensuite les citoyens dans leur ensemble, au nord comme au sud du pays.

 

Certains ont déposé des fleurs, réalisé des dessins ou écrit des messages.

 

D’autres ont préféré apporter une aide physique ou matérielle.

 

Des mains se sont tendues, des manches se sont retroussées, des volontaires sont venus de partout.

 

De Flandre, de Bruxelles, de l’étranger et bien entendu de Wallonie.

 

Tous le volontaires étaient portés par un même élan de fraternité.

 

Tous ces gestes généreux, après la stupeur, ont eu un effet réconfortant, nous ont expliqué des victimes.

 

Elles se sont senties moins seules et moins démunies.

 

Elles ont trouvé là le courage d’entamer le travail de reconstruction.

 

Une telle profondeur d’humanité fait chaud au cœur.

 

Elle relativise nos différences et nos éventuelles divisions.

 

La Belgique est donc soudée en ce triste jour, et la Wallonie un peu plus encore.

 

Il faut dire que notre Région a été particulièrement frappée.

 

Dans les 209 communes inondées, 45.000 habitations et 11.000 véhicules ont été sinistrés.

 

En tout, et à des degrés divers, 100.000 personnes ont été victimes de ces inondations historiques.

 

Fort heureusement, la solidarité ne faiblit pas et les gestes d’entraide sont aujourd’hui encore quotidiens.

 

Partout, on s’active pour reconstruire et rénover.

 

Dans chaque commune, chaque village, chaque quartier dévasté, on continue à s’organiser.

 

On continue à s’organiser dans un esprit de dévouement mutuel.

 

A l’image des citoyens, les autorités publiques wallonnes ont elles aussi fondé leur action sur le principe de solidarité.

 

Quant à la Justice, elle examine les circonstances de ce drame et établira d’éventuelles responsabilités.

 

 

Chères familles,

 

Rien n’est plus incompréhensible que de perdre un enfant, un parent, un conjoint, une sœur ou un frère.

 

Les perdre, car ce jour-là la pluie ne cessa pas !  

 

Rien n’est plus brutal que d’apprendre sa disparition dans de telles circonstances.

 

Rien n’est plus affreux, aussi et surtout, que le manque, l’absence de la personne aimée.

 

Cette douleur-là, la douleur de l’absence, se montre généralement très tenace.

 

La douleur résiste au retour du soleil.

 

La douleur ne s’évapore pas comme sèchent les sols et les murs.

 

Voici un an, vous avez vécu ces moments que toutes et tous, nous redoutons tellement pour les nôtres.

 

Le malheur est arrivé.

 

Il est tombé sur cette personne ou ces personnes que vous chérissiez, et donc sur vous également.

 

Vous n’avez pas pu échapper au malheur et il fait de vous, depuis lors, des victimes à part entière.

 

 

 

Chères familles,

 

Soyez assurés de notre compréhension à l’égard de ce que vous endurez depuis un an.

 

Regardez autour de vous, et vous ne trouverez que des visages attentifs et bienveillants.

 

Écoutez, également, nos paroles de réconfort et de respect.

 

Ces paroles que nous essayons de vous faire entendre, ce sont les paroles de la fraternité.

 

Les paroles de l’authenticité.

 

Bien sûr, notre fraternité seule ne vous rendra pas l’être aimé qui en ce jour occupe toutes nos pensées.

 

Mais si elle pouvait adoucir un peu votre peine, si elle pouvait faire de votre chagrin une chose moins lourde à porter, nous en serions tous un peu soulagés.

 

 

Chères familles, vous n’êtes pas seules.

 

Nous sommes là pour vous aider à soulever le couvercle du chagrin et faire rentrer la lumière.

 

Nous, c’est-à-dire les autorités du pays, les communes, les associations et les millions de citoyens solidaires qui sont représentés ici.

 

La présence parmi nous de leurs majestés le Roi et la Reine est un message très fort.

 

Leur présence indique que le pays tout entier est avec vous.

 

 

Chères familles,

 

Je conclurai en vous invitant à méditer ces mots de Victor Hugo, adressés à sa fille Léopoldine trop tôt disparue :

 

 « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis ».

 

Merci pour votre attention.

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